Libérez
les mascottes !
Laissez-les raconter leurs histoires !

Têtes de Gondole est une installation imaginée pour mon diplôme de fins d’études à la HEAR. Après un mémoire axé autour de la figure de la mascotte et son statut d’image particulière, j’ai voulu à mon tour en imaginer et surtout trouver un moyen de les mettre en scène. Où se situe-t-elle entre le personnage, le logo et l’icône ? Qui est-elle, au-delà du packaging, de la pub dans un magazine ou sur l’enseigne d’un magasin ? A-t-elle des besoins, une personnalité propre ? Quelle est ma place, en tant qu’auteur, vis-à-vis de ces figures sans autre détermination (d’apparence) que celle du produit à vendre ?

Ce sont ces questions qui m’ont aidé à élaborer l’univers de ma micro épicerie idéale. En me replaçant enfant devant les étals de supermarché qui me fascinaient et ont contribué à me faire choisir la voie du design, je me suis imaginé des dizaines de mascottes, leur personnalité, leurs relations, et, à la manière d’un Toy Story en 2D, ce qui pouvait bien se passer une fois la boutique close. Mon travail d’illustrateur empruntant aux codes du graphisme et du design de packaging, il m’a semblé que ce projet était pour moi l’occasion de tout rassembler.

Supermarché artisanal

L’installation Têtes de Gondole consiste en un étal d’épicerie présentant une quinzaine de produits arborant chacun une mascotte attitrée. À la manière d’une épicerie réelle, le visiteur peut s’emparer d’une ou plusieurs boîtes et le.s passer en caisse. À chaque produit scanné s’imprime alors automatiquement sur le ticket de caisse une courte bande dessinée mettant en scène la ou les mascottes choisie.s. Plus on scanne de produits, plus le ticket s’allonge. Parfois, la combinaison de deux articles en particulier génère une BD supplémentaire mettant en scène plusieurs personnages à la fois. J’ai imaginé mes mascottes comme des collègues de travail qui, constamment figés sur leur boîte, s’expriment et se « détendent » sur le ticket imprimé. Comme si le passage en caisse induisait une libération, ou du moins le passage d’un support figé à un support quasi infini (le rouleau de papier thermique), les langues se délient, les relations entre les mascottes se précisent, les histoires se développent. Toutes ces combinaisons possibles donnent naissance à une arborescence de BD à dessiner qui parle au final assez clairement de ma façon de travailler. Produire beaucoup, partager tout de suite, laisser l’impact se faire sur la durée plutôt que d’un seul coup, donner beaucoup en espérant que les gens y reviennent régulièrement.

Une fois les courses faites, le visiteur devenu client scanne sa carte de fidélité, plie, range son ticket dedans et le système est prêt à accueillir la prochaine personne. Les mascottes, d’office, prennent alors place dans le quotidien (ou plutôt la poche) de chacun.e. Si elles ne finissent pas à la poubelle, elles s’estomperont d’elles-mêmes, avec le temps, oubliées dans un portefeuille.

L’idée étant de s’inspirer de l’univers du supermarché, je l’ai détourné pour mettre en place une production en série, mais artisanale cette fois. Chaque boîte est alors imprimée en sérigraphie puis façonnée à la main. Le code-barre de chaque mascotte (produit) est détourné en pinceau numérique pour dessiner de grandes affiches (délivrant elles aussi des BD lors du scan). Je voulais que même si les visiteurs ne pouvaient pas repartir avec leurs articles, ils puissent quand même s’emparer des personnages et les faire sortir de mon étal(de toute façon, les boîtes sont vides). C’est là le statut primordial de la mascotte à mes yeux: plus elle appartient à un grand nombre d’individus, plus elle se développe et s’accomplit.

Ce projet conclut un temps d’études long et témoigne de mon attachement pour l’image imprimée, la bande dessinée et le numérique, autant de domaines où la mascotte apparaît, toujours un peu pareille et nouvelle à la fois.